états d'âme du docteur Vincent

jeudi, mai 15, 2008

Vexé!

Une patiente la soixantaine bien conservé, fraîche et dynamique me consulte; elle s'est fait mal au dos en taillant les haies. Elle ne prend aucun traitement.
Je me souviens d'elle (je suis le médecin traitant du reste de la famille), je l'avais consultée il y a deux ans, elle prenait un tas d'antidouleurs et d'anxiolytiques prescrits par un confrère proche pour une douleur cervicale qui l'avait mise en arrêt depuis plus d'un an. J'avais bien évidemment été effaré par ce qu'elle prenait (à boire et à manger) et lui en avais fait part:
"vous comprenez docteur, j'en ai besoin car je ne m'en sors pas, je ne sais plus comment faire". Bon.
Un mois après elle fait un malaise, atterrit à l'hôpital où l'interne lui fait la même reflexion de trop de médicament; un interne, qu'il retourne au bac à sable!
Deux semaines après, deuxième malaise, où cette fois-ci on l'hospitalise pour sevrage!
Elle est folle furieuse contre le premier médecin et en a changé pour un autre qu'elle connaissait de longue date. Je n'hésite pas à remuer le couteau dans la plaie:
" Mais je vous l'avais dit madame, que ce n'était pas bon.
- (d'une petite voix, l'air de rien en ne me regardant pas) Oui (microscopique).
- J'ai compris: c'était ma parole contre celle de l'autre docteur!
- (petit sourire) C'est un peu ça".
Frustrant quand même. Je devrais réviser mon apparence pour faire encore plus sérieux, ça passerait peut-être mieux.

Libellés :

mardi, mai 13, 2008

l'eau ferrugineuse

Un patient que je ne connais pas bien est venu me consulter avec son épouse. Il a l'allure de Bourvil dans le sketch de l'eau ferrugineuse (qui a si bon goût, si bonne pour la santé), il en a même pris l'accent! Et l'haleine! des relents de mauvais vin Kiravi de mon enfance; je me suis accroché pour rester à ma place.
Alors je lui ai demandé ce qu'il buvait "juste un peu de vin à table docteur", j'ai insisté "deux petites bières par jour", j'ai re-insisté "oh, parfois je bois moins".
Non, non, je lui avais demandé s'il buvait plus, mais il n'avait tout à fait compris la question. Quand il l'a compris, il m'a juré mordicus que il ne buvait pas plus.
Je ne suis pas sûr de le garder longtemps, les varices oesophagiennes (causées par un engorgement et même plus de son foie) ça peut péter, et alors bye-bye!
Mais bon, tant qu'il croira aux vertus innombrables de l'eau ferrugineuse (hic!) je n'arriverai pas à grand chose, médicalement parlant.
...
Un autre de mes patients ancien adepte de cette médication bien française, est venu pour une bricole. A chaque consultation il me parle de sa mort possible, du cimetière. Alors je l'ai pris à son jeu il y a quelques temps:
-" Monsieur, vous mesurez combien?
-un mètre 70 pourquoi?
- Oh rien, c'est important pour moi; les mesures. Au fait, vous préférez le chêne ou le sapin?
- Docteur! C'est pas très drôle.
Puis un peu plus tard:
- Au fait, vous pouvez vous avancer pour la concession, réservez votre place."
Et voilà, il ne m'a pas parlé de clampser cette fois-ci, je l'aurais mis en boîte.

Libellés :

lundi, mai 12, 2008

parc acrobranche


Journée dans les branches en famille; Poilopat n'était pas le dernier, il est meilleur à sauter d'arbre en arbre qu'à rester assis sur une chaise.

Ca au moins c'est une journée écolo, j'adore. Devant l'air souffrant de ma douce j'ai fait le victorieux, je l'ai un peu mis en boite mais elle a quand même fait tout le parcours en suant sang et eau. Et bleus et bosses en tous sens!

Libellés :

dimanche, mai 11, 2008

perversité

Le prix du plus beau jardin a été décerné par moi à mes amis Carla et Claudio qui nous ont régalé hier soir! Ca c'est la belle vie à la campagne! Je laisse Paris à mon ex Paola qui a le profil type de la parisienne avec ses cigarettes, sa voiture, son stress et ses embouteillages.
...
Nous avons discuté des personnes perverses, de leurs motivations et si oui ou non elles étaient folles. Carla pensait que ces personnes ne supportant pas leurs souffrances la rejetaient sur l'Autre pour qu'il en profite aussi. Seulement moi je n'en veux pas de cette souffrance; je suis admiratif envers ceux qui s'occupent d'eux sans rechigner.
Claudio a rajouté que ce n'était pas vraiment de la folie, mais que c'étaient les personnes les plus dures à gérer. Un type en souffrance (dépression par exemple) est accessible à la sollicitude de l'autre, pas le perverse. Ca c'est particulier.
Alors en attendant que l'on trouve le meilleur endroit pour les traiter humainement, c'est préférable de ne pas les croiser sur sa route... si l'on peut.

Libellés :

samedi, mai 10, 2008

La théorie Gaïa

J'ai lu le dernier Maxime Chattam, La théorie Gaïa.
Toujours très vivant, comme à l'accoutumé, pour ceux qui s'intéressent à l'avenir de la terre. Je ne raconterai pas l'histoire mais c'est dans la même veine que Colère de Denis Marquet que j'avais adoré. La terre n'aime pas ce qu'on lui fait et cela ne se passe pas forcément bien...
Je vous laisse le découvrir, mais cet auteur est tellement aprécié qu'il y a un un site consacré à ses livres et un forum. http://www.chattamistes.com/forum/
Tous ses livres sont truffés de références sérieuses, un peu comme l'auteur des Fourmis. A découvrir.

Libellés :

comorbidité et antidépresseurs

Les patients sous antidépresseurs au long cours présentent un taux de comorbidité élevé
PARIS, 10 janvier (APM) - Les patients sous antidépresseurs depuis plus d'un an présentent un fort taux de comorbidités, notamment des troubles de l'anxiété et de la personnalité,(...)
Le Professeur Jean-Pierre Olié de l'hôpital Sainte-Anne à Paris et ses collègues ont mené pour la première fois une enquête observationnelle française, (...), visant à décrire les pratiques cliniques de terrain chez les patients sous traitement antidépresseur au long cours.
Ils ont suivi une cohorte de 103 patients suivis dans cinq centres spécialisés et placés sous antidépresseurs depuis plus d'un an.
Les auteurs ont noté un très fort niveau de comorbidités, aussi bien concernant les troubles de l'anxiété que des troubles de la personnalité. Près de deux tiers des sujets ont présenté au moins un diagnostic de troubles de la personnalité associé.
Sur les 99 patients ayant des troubles de l'humeur, 24 avaient des comportements addictifs vis-à-vis d'un produit, dont 10 avec l'alcool et 42 avaient des troubles de l'anxiété (19 anxieux généralisés, 25 troubles phobiques, 13 troubles paniques et 6 troubles obsessionnels compulsifs).
«Nous avons été surpris de constater un tel niveau de co-morbidité chez les patients sous antidépresseurs au long court», a souligné le Professeur Olié auprès de l'APM, en marge d'une conférence de presse sur la psychiatrie.
(...)
Les auteurs montrent l'usage de benzodiazépines et l'abus d'alcool étaient significativement prédictifs de la durée d'utilisation des antidépresseurs.
Ainsi, l'étude révèle que les anxiolytiques sont très largement coprescrits (près de 80% des patients) avec les antidépresseurs, au long cours, et ce, en dépit des recommandations de bonnes pratiques cliniques.
«Ces données soulignent la nécessité cruciale de mise à disposition des cliniciens de 'guidelines' opérationnelles et bien évaluées pour la prise en charge des patients souffrant de troubles thymiques récurrents», concluent les auteurs.
...
Voilà qui est dit, de plus par des personnes qui ont l'habitude de manipuler de tels traitements.
J'ai quelques alcooliques dans ma clientèle, ils ne font que boire de l'alcool (pas d'antidépresseurs, pas de benzodiazépines) , ils dépriment un poil en chronique, c'est leur vie, et d'après les études ci-dessus il ne serait pas bon de les mettre sous antidépresseurs au long cours.

Libellés :

vendredi, mai 09, 2008

changer de boulot?

Maintenant ( ce matin) ma patiente Trudie casse-pied veut que j'utilise ma carte bleue avec le paiement sécurisé Paypal pour lui avancer un voyage au Magreb! Ca tombe bien, je n'ai pas de carte bleue.
J'ai explosé en lui disant qu'avec, d'un côté la Sécu qui nous contrôle avec une fréquence plus rapproché, de l'autre avec des patients comme elle à exiger toujours plus, j'allais arréter la médecine. Et elle très intéressée " Et vous allez faire quoi?" Et moi, qui ne suis pas à cours d'idées "une agence immobilière, j'aime beaucoup l'immobilier".
Il est vrai que si les conditions de travail continuent de se dégrader, c'est probablement ce que je vais faire.
Les passages de la dame Sécu ne sont pas inintéressant, mais, surtout en hiver, j'ai beaucoup trop de travail pour l'acueillir affablement. Elle a dû s'en rendre compte la dernière fois.
...
Je continue ce soir: Les petits frères des Pauvres ont proposé de financer le séjour en Cure de Trudie pour qu'elle se repose et celle-là m'a téléphonée folle furieuse parce que personne ne pouvait l'emmener voir les horaires des trains; J'ai balancé un grand numéro truffé de grossièretés (je sais faire) pour lui expliquer que je n'étais pas l'assistant social mais le médecin! Ce ne l'a pas empêchée de me rappeler pour une autre ânerie plus tard dans l'après-midi et là ça a pété encore. Si elle me consulte encore, cela devient de la rage, plus de l'amour. Qu'elle essaye, je suis armé!

Libellés :

mercredi, mai 07, 2008

Trudie

Depuis quelques temps mon travail me pesait malgré les patients toujours sympathiques, j'avais moins de pèche dans mon blog; en fait une patiente a décidé de casser les bonbons à tout HotBlood. Son truc c'est le sexe, elle en veut et elle se balade en tenues affriolantes alors qu'elle n'a plus l'âge ni la silhouette. Elle fait des scandales dans tous les magasins pour des riens. Elle devient difficile à vivre et me consulte tous les deux jours pour des bricoles et commence à me demander de l'argent. Elle fréquente les psychiatres et hôpitaux psy depuis trente ans sans réel désir d'amélioration.
Son fils m'a appelé pour me demander d'hospitaliser sa mère Trudie sur demande d'un tiers; j'ai dit Non, n'étant que le médecin généraliste ( mois je soigne les jambes cassées et les angines) et étant sûr que ce n'est pas le bon choix ( elle en a tellement fréquenté et sans résultat...); il a récidivé avec mon remplaçant qui a dit Non (elle ne délire pas); ensuite le préfet a contacté son psy, puis le maire du village a fait de même, et même la concierge de son immeuble... Le psy a dit Non ( elle ne délire pas). Par contre il m'a appelé pour me supplier de lui faire accepter ses médicaments afin qu'on ne l'hospitalise pas. Je suis resté neutre (c'est son boulot), ne sachant pas quoi faire d'elle.
Mais pour ce genre de personne, je comprends que l'on soit démuni. Ma dernière trouvaille, peut-être pas la meilleure serait de la mettre en garde à vue 48 heures car ce n'est pas très convenable de mettre un village à feu et à sang. Ou de la renvoyer dans sa ville d'origine: on aura déplacé le problème.
Je lui ai demandé de rallonger ses jupes (on voit tout ce qu'il a à voir en face d'elle) , elle m'a répondu qu'elle faisait ce qu'elle voulait et qu'elle enquiquinait les vieilles grincheuses d'HotBlood. Je ne peux plus rien pour elle. Qu'elle se trouve un autre médecin, ça me reposera.

Libellés :